Zero-day : les failles les plus critiques de l’été 2024
L’été 2024 aura été marqué par une vague sans précédent de vulnérabilités zero-day touchant aussi bien les grandes entreprises françaises que les infrastructures mondiales. Ces failles critiques, exploitées avant même qu’un correctif ne soit disponible, ont mis en lumière les enjeux colossaux de la cybersécurité à l’ère de l’intelligence artificielle.
Qu’est-ce qu’une faille zero-day ?
Une faille zero-day (ou vulnérabilité 0-day) désigne une faille de sécurité informatique qui n’a pas encore été corrigée par l’éditeur du logiciel concerné. Le terme « zero-day » fait référence au nombre de jours dont dispose l’éditeur pour publier un correctif : zéro. Ces vulnérabilités sont particulièrement dangereuses car elles peuvent être exploitées par des cybercriminels avant même que les équipes de sécurité n’en aient connaissance.
En France, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) joue un rôle central dans la détection et la communication autour de ces menaces. L’été 2024 a nécessité une mobilisation importante de ses équipes, notamment dans le contexte des Jeux Olympiques de Paris.
Les failles zero-day majeures de l’été 2024
1. CVE-2024-38112 – Windows MSHTML
L’une des vulnérabilités les plus redoutées de l’été 2024 concerne le moteur de rendu MSHTML de Microsoft Windows. Référencée sous le nom CVE-2024-38112, cette faille permettait à un attaquant d’exécuter du code arbitraire à distance en incitant simplement un utilisateur à ouvrir un fichier malveillant. Microsoft a publié un correctif d’urgence en juillet 2024, mais plusieurs entreprises françaises auraient été compromises avant cette mise à jour.
2. CVE-2024-4947 – Google Chrome V8
Le moteur JavaScript V8 de Google Chrome n’a pas été épargné. La faille CVE-2024-4947, de type type confusion, a permis à des acteurs malveillants d’exécuter du code arbitraire dans le navigateur de millions d’utilisateurs. Avec Chrome dominant le marché français à plus de 65%, l’impact potentiel de cette vulnérabilité était considérable. Google a réagi rapidement en déployant une mise à jour silencieuse, mais la fenêtre d’exploitation a duré plusieurs jours.
3. CVE-2024-36971 – Noyau Linux
Le noyau Linux a également été touché par une faille critique référencée CVE-2024-36971. Cette vulnérabilité, liée à la gestion de la mémoire réseau, a été activement exploitée par des groupes de hackers soutenus par des États. Les serveurs Linux, massivement utilisés par les entreprises françaises et les administrations publiques, ont constitué des cibles de choix pendant plusieurs semaines.
L’IA au cœur de la détection des zero-days
Face à la multiplication des failles zero-day, la France mise de plus en plus sur l’intelligence artificielle pour anticiper et détecter ces vulnérabilités. Des startups françaises comme Synacktiv ou Sekoia.io développent des solutions basées sur le machine learning pour identifier des comportements suspects avant même qu’une faille ne soit officiellement documentée.
L’ANSSI, dans son rapport annuel 2024, souligne d’ailleurs que l’IA représente à la fois une menace et une opportunité dans le domaine de la cybersécurité. D’un côté, les attaquants utilisent des modèles de langage pour automatiser la découverte de failles. De l’autre, les défenseurs s’appuient sur ces mêmes technologies pour renforcer leurs capacités de détection.
« L’intelligence artificielle change fondamentalement la nature de la menace cyber. Nous devons adapter nos outils et nos méthodes en conséquence. »
— Rapport ANSSI, été 2024
Impact sur les entreprises françaises
L’été 2024 a révélé la vulnérabilité structurelle de nombreuses organisations françaises face aux attaques zero-day. Plusieurs secteurs ont été particulièrement touchés :
- Le secteur financier : plusieurs établissements bancaires ont signalé des tentatives d’intrusion exploitant des failles non corrigées.
- Les collectivités territoriales : des mairies et conseils départementaux ont subi des attaques par ransomware tirant parti de vulnérabilités zero-day.
- Le secteur de la santé : après les cyberattaques de 2023, les hôpitaux français restent une cible privilégiée des hackers.
- Les infrastructures sportives : dans le contexte des JO de Paris 2024, les systèmes informatiques liés aux Jeux ont fait l’objet d’une surveillance accrue.
Comment se protéger face aux zero-days ?
Si par définition il est impossible de se protéger à 100% contre une faille zero-day inconnue, plusieurs bonnes pratiques permettent de réduire considérablement la surface d’attaque :
- Maintenir ses systèmes à jour : appliquer les correctifs de sécurité dès leur publication reste la mesure la plus efficace.
- Adopter une approche Zero Trust : ne jamais faire confiance par défaut à un utilisateur ou à un équipement, même interne au réseau.
- Mettre en place une surveillance continue (SOC) : détecter les comportements anormaux en temps réel grâce à des outils SIEM alimentés par l’IA.
- Segmenter les réseaux : limiter la propagation latérale en cas de compromission.
- Former les collaborateurs : la grande majorité des intrusions commence par une erreur humaine.
Perspectives pour la fin 2024
Avec l’accélération de l’adoption de l’IA générative dans les entreprises françaises, le nombre de vecteurs d’attaque potentiels ne cesse de croître. Les experts en cybersécurité s’attendent à une augmentation significative des failles zero-day liées aux modèles d’IA et aux pipelines de données dans les mois à venir.
La France, qui ambitionne de devenir un leader européen de l’IA grâce notamment au plan France 2030, devra impérativement renforcer sa posture de cybersécurité pour protéger ses actifs numériques stratégiques. Le Cyber Campus de Paris, inauguré en 2022, constitue un écosystème précieux pour relever ces défis, en réunissant entreprises, startups et organismes publics autour d’une vision commune de la sécurité numérique.
L’été 2024 restera dans les annales comme une période charnière où la convergence entre intelligence artificielle et cybersécurité s’est imposée comme l’enjeu majeur du numérique français. Les zero-days ne sont plus seulement l’apanage des groupes de hackers d’élite : ils deviennent des armes accessibles, et la riposte doit être à la hauteur de la menace.




